Éducation: Problématiques riveraines

Les milieux riverains font face à un grand nombre de problèmes, en partie du à leur grand attrait commercial et récréatif. Nous vous présentons ici trois grandes problématiques qui les affectent :

Érosion

Modification des berges

Espèces envahissantes

Nous mettons aussi en perspective les conséquences de ces problématiques sur les poissons, ces animaux oubliés parce qu’invisible aux yeux des hommes.
 

N’oubliez pas qu’avant de vous lancer dans la résolution d’un problème riverain, il est important d’avoir une vision globale du milieu, c'est à dire de prendre en compte un maximum de facteurs et de prévoir les impacts de nos actions sur l’écosystème en entier.

C’est pourquoi il est important de faire affaire avec des professionnels et de bien se renseigner avant d’entreprendre n’importe quelle action. N’hésitez pas à communiquer avec l’organisme de bassin versant ou le comité ZIP de votre région pour obtenir de l’aide.
 
 

Érosion

 
ErosionIl est important d’identifier les causes de l’érosion avant d’entreprendre des actions pour y remédier. L’érosion des berges est un phénomène complexe qui s’explique par la présence de nombreux facteurs, tant d’origine naturelle qu’humaine. Les conséquences d’une érosion excessive sont importantes.

Facteurs naturels
-mouvement des glaces
-courants fluviaux
-pluies abondantes
-fonte des neiges
-vent et les vagues qu’il engendre
-pente
-nature des matériaux dont est composé la berge

 
Facteurs humains
- destruction de la bande riveraine
- variations des niveaux d'eau entraînées par les barrages
- vagues causées par la navigation commerciale et de plaisance
- piétinement des visiteurs
   
Impacts de l’érosion
- perte d’habitats aquatiques et de frayères
- diminution de la biodiversité
- problèmes de sécurité publique (inondation, glissement de terrain, instabilité des berges)
- perte importante de productivité au niveau des communautés animales et végétales
- diminution du potentiel récréatif et esthétique
- perte de terrain
- perte de valeurs patrimoniales
- pertes de retombées économiques liées aux activités récréatives
- pertes foncières
   
Solutions possibles pour limiter l’érosion
- Réhabiliter la bande riveraine en plantant des espèces de buissons et d’arbres qui retiennent le sol de leurs racines.
- Installer un enrochement végétalisé, en particulier lorsque les vagues et le courant sont en cause.
- Adoucir les pentes trop importantes.
- Concentrer l’accès à la berge à certains endroits, en particulier si le piétinement est en cause.
- Favoriser les sentiers en diagonal pour éviter le ruissellement direct.
   
Saviez-vous que….
- L’érosion due à la navigation commerciale n’affecte que 15% des berges du Saint-Laurent, dont 85% se concentre entre Montréal et Sorel ?
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L’archipel formant la Réserve nationale de la faune des Îles de la Paix, situé sur la berge sud de Montréal dans le Lac Saint-Louis, s’érode si vite qu’il pourrait disparaître d’ici 20 ans ?
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Les racines des plantes, buissons et arbres poussant en bordure des cours d’eau retiennent le sol et empêchent une érosion excessive ?
   
 

Modification des berges

 
Modification des bergesIl est très fréquent d’aménager les berges de façon très peu naturelle. Généralement, on retire la végétation indigène que l’on remplace par du gazon. On ceinture la limite entre l’eau et la terre d’un muret de béton ou d’un enrochement qui vise à limiter l’érosion créée par l’enlèvement de la végétation. Finalement, les installations qui visent à faciliter l’accès au cours d’eau sont souvent construites sans penser à leurs impacts sur l’habitat aquatique. Pourtant, il est possible de minimiser notre impact en favorisant certains types d’installation, par exemple en choisissant les quais flottants ou sur pilotis.

De nombreuses recherches ont démontrés que la bande riveraine est essentielle pour maintenir nos cours d’eau en bonne santé. La bande riveraine est une ceinture végétale de plusieurs mètres située en bordure d’un cours d’eau. Des arbres, des buissons et des plantes herbacées doivent y pousser en denses bosquets pour qu’elle puisse effectuer toutes ses fonctions écologiques. En 1998 le gouvernement du Québec a adopté unePolitique de protection des rives, du littoral et des plaines inondables. Cette politique interdit les modifications importantes des berges, sans l’obtention d’un permis du MDDEP.

   
Fonctions de la bande riveraine
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Empêcher l’érosion de la berge : Les racines des plantes formant la bande riveraine consolident le sol et le maintiennent en place lors de fortes pluies. Les plantes émergentes diminuent la force du courant et forme un brise-vague naturel, diminuant ainsi le potentiel érosif de l’eau.
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Diminuer l’apport en minéraux, polluants et en sédiment au cours d’eau : Les plantes diminuent la quantité d’eau qui s’écoule en l’absorbant et en la transpirant. Elles diminuent aussi la vitesse du ruissellement en formant des obstacles. Ce qui permet son absorption progressive par le sol. De plus, elles protègent le sol en l’abritant de l’exposition directe aux éléments. Ainsi, en présence d’une bande riveraine, l’eau entraîne une moins grande quantité de particules fines de terre vers le cours d’eau. Une grande quantité de particule n’est pas souhaitable puisqu’elles augmentent la turbidité, ensevelissent les frayères, et transportent des nutriments et des polluants.
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Constituer un lieu de transition entre les milieux terrestres et aquatiques : les milieux riverains et les milieux humides sont très riches en espèces végétales et animales. De nombreux animaux s’y rendent pour s’y abreuver et s’y nourrir. Certains en sont totalement dépendants, tels que les grenouilles. La bande riveraine elle-même fournit une source d’alimentation non négligeable par les insectes qui tombent dans l’eau et qui peuvent être mangés par différentes espèces de poissons .
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Former une zone tampon qui peut absorber efficacement les inondations : Bien que pour la plupart des gens une inondation soit généralement synonyme de dommages matériels, ces dernières sont naturelles et nécessaires à la bonne santé des écosystèmes riverains. La conservation d’une bande riveraine adéquate permet de prévenir les dommages matériels tout en permettant à l’écosystème de s’épanouir et d’être productif. Par exemple, de nombreuses espèces de poissons tels le brochet ou la perchaude fraient dans la plaine inondable tandis que plusieurs espèces de plantes ont besoins des fluctuations dans les niveaux d’eau pour survivre. Puisque les dommages matériels n’affectent que les résidences construites dans les zones naturelles inondables, il est préférable d’éviter de s’installer dans ces secteurs.
   
Solution aux modifications des berges
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De nombreux organismes et entreprises se spécialisent dans la restauration des berges des cours d’eau du Québec. Ils ont développé une expertise qui leur permet de transformer une berge fortement modifiée en une berge à l’allure naturelle qui peut accomplir plusieurs de ses fonctions écologiques.
   
Saviez-vous que...
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Une bande riveraine d’à peine trois mètres réduit de 99,5% la quantité d'herbicides, de 85% les matières en suspension, de 85% le phosphore et de 75% l’azote qui sont exporté d’un champ par le ruissellement agricole ?
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La politique de protection des rives, du littoral et des plaines inondables interdit de déboiser les 10 à 15 premiers mètres de la berge et d’y construire des infrastructures sans permission spéciale ? 
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Les habitats riverains sont essentiels pour la survie d’environ 271 espèces de vertébrés du Québec, c’est à dire 33% des mammifères, 50% des oiseaux et 75% des amphibiens et des reptiles ?
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Plus de la moitié des espèces de plantes rares du Québec sont associées aux milieux humides ou riverains ?
   
Pour en savoir plus …
- Les bandes riveraines et la qualité de l'eau : revue de littérature
- ZIP Alma-Jonquière
- MDDEP : Efficacité des bandes riveraines
- Politique de protection des rives, du littoral et des plaines inondables
   
 

Espèces envahissantes

   
Espèces envahissantesLes espèces envahissantes sont des espèces qui ont été introduites dans un nouvel écosystème, intentionnellement ou non, par l’homme. Elles sont compétitives et ont tendance à dominer l’écosystème où elles se retrouvent, remplaçant ainsi les espèces indigènes qui occupaient cette niche écologique avant leur apparition.

Voies d’introduction
-Navigation commerciale : Elles peuvent être contenues dans l’eau de ballast ou s’accrocher à la coque des navires.
-Navigation de plaisance : Elles peuvent se retrouvées sur la coque ou dans l’eau qui se retrouve dans le fond de l’embarcation.
-Horticultures : Elles peuvent s’échapper, tout comme leurs graines, des jardins d’eau.

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Ensemencement : Certaines espèces sont introduites volontairement pour en faire la chasse et la pêche. On se rend compte trop tard qu’elles sont envahissantes et nuisibles.
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Relâche : Certaines espèces sont relâchées de l’animalerie (par exemple, les tortues à oreille rouge) ou par les pêcheurs (par exemple, les poissons-appâts et les vers de terre).
   
Impacts des espèces envahissantes sur les milieux riverains
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Modification du débit, de la profondeur, et du temps de drainage de l’eau dans les milieux humides. Ceci affecte la distribution des espèces végétales ainsi que des nutriments dans l’eau.
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Perte de biodiversité en entrant en concurrence avec les espèces indigènes pour l’espace, les matières nutritives et en leur transmettant des maladies et des parasites.
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Perte de diversité génétique lorsque les espèces envahissantes se reproduisent avec les espèces indigènes. Le mélange signifie que le bassin de gènes est modifié et qu’il peut y avoir perte d’adaptation face aux conditions environnementales du Québec. L’espèce indigène originale peut éventuellement être perdue. De plus, les enfants résultant des unions entre deux espèces différentes sont souvent infertiles, diminuant les chances de l’espèce de se perpétuer dans le temps.  
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Modification des pêcheries, entraînant souvent un déclin considérable de la pêche. Les espèces envahissantes peuvent avoir un impact négatifs sur les espèces exploitables, en entrant en compétition pour la nourriture et l’espace, en mangeant les espèces indigènes ou en transmettant de nouvelles maladies et parasites contre lesquelles les espèces indigènes n’ont pas de protection immunitaire.
   
Solutions
Il est important de détecter le plus tôt possible l’introduction d’une espèce envahissante dans un écosystème donné pour avoir une chance de s’en débarrasser ou de la contrôler. Quand une espèce est repérée, on peut s’en débarrasser de plusieurs manières
- Mécaniquement : on l’arrache, la piège ou la capture. Ceci ne fonctionne que si la population a une taille limitée.
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Chimiquement : on utilise des pesticides et des poisons. Cette méthode a très fréquemment un impact négatif sur les autres espèces dans l’écosystème.
- Biologiquement : on introduit une autre espèce qui est un prédateur ou un parasite naturel de l’espèce envahissante
Par contre, la meilleure façon de lutter contre ce problème est de le prévenir en informant le public sur les mesures à prendre pour ne pas disperser les espèces exotiques.
   
Moyens pour prévenir l’introduction d’espèces envahissante
- Bien inspecter son bateau.
- Ne jamais relâcher d’appâts vivants dans un cours d’eau, qu’ils soient poissons, crustacés ou insectes.
- Ne jamais déplacer des espèces d’un milieu à un autre ou d’un cours d’eau à un autre.
- Ne pas choisir la salicaire pourpre ni la châtaigne d’eau pour décorer son jardin.
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En évitant d’introduire des poissons rouges, des tortues ou toutes autres espèces ne vivant pas au Québec dans les habitats naturels!
   
Bien inspecter son bateau
À chaque fois qu’on s’apprête à quitter un cours d’eau dans lequel on a utilisé une embarcation, on devrait appliquer les consignes suivantes. Ces recommandations s’appliquent autant aux petites embarcations (canots et kayaks) qu’aux bateaux-moteurs.
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Inspectez votre embarcation ainsi que votre matériel (pagaie, jupette, élastique de pont, corde, moteur, coque). Enlever tous les animaux ou plantes qui sont visibles avant de partir.
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Videz bien votre embarcation immédiatement après avoir quitté l'étendue d'eau (vérifiez bien le cockpit et les caissons étanches pour les kayaks, et la cale et le moteur pour les bateaux).
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Lavez et essuyez votre embarcation et votre équipement pour éliminer les espèces menaçantes qui ne sont pas visible à l’œil nu.
- Quelques espèces aquatiques peuvent survivent plus de deux semaines hors de l'eau, c'est pourquoi il est important de:
    - Rincez votre embarcation et votre équipement mouillées avec de l'eau chaude (au moins 40o C) ou ;
    - Pulvérisez de l'eau sous haute pression (250psi) sur le bateau et la remorque ou ;
    - La solution la plus simple consiste à laissez sécher au soleil votre bateau et équipement pour au moins 5 jours avant de les transporter vers une autre étendue d'eau.
   
Saviez-vous que ...
- La lutte contre les espèces envahissantes coûte des millions de dollars de nos impôts à chaque année ?
- Il y a 80 espèces envahissantes différentes le long du fleuve Saint-Laurent ?  
- Les espèces de plantes envahissantes représentent environ 13% de la flore des milieux humides du fleuve ?
-
Les plantes envahissantes couvrent près de 50% du couvert végétal des milieux humides situés entre le lac Saint-Louis et Contrecoeur ?
   
Pour en savoir plus...
   
- Feuillets d’information sur quelques espèces envahissantes
- Bilan sur les espèces exotiques et les milieux humides du fleuve Saint-Laurent
   
   

Impacts sur les poisons

   
Espèces envahissantesLes habitats où vivent et se reproduisent les poissons sont à risque face aux problématiques précédentes. D’ailleurs protéger l’habitat du poisson, et par ricochet les populations de poissons, est important pour l’économie puisqu’un peu plus d’un milliard de dollars en dépense sont associés à la pêche chaque année  au Québec.

La modification des berges entraîne :
-une érosion accrue de la berge et une surcharge de sédiments ;
-une augmentation de la température de l’eau, puisque les arbres qui sont coupés ne font plus d’ombre à l’eau ;
-la destruction des habitats humides où se nourrissent et se reproduisent les poissons ;

- une diminution de la qualité de l’eau en augmentant la concentration de polluant et nutriment provenant du ruissellement ;
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une diminution d’oxygène dans l’eau via la prolifération des plantes aquatiques engendrée par l’apport supplémentaire en nutriment qui leur permet de pousser plus rapidement.
   
La surcharge de sédiment due à l’érosion :
- obstrue et irrite les branchies des poissons, affectant leur capacité de capter l’oxygène ;
- augmente leur sensibilité aux maladies ;
- détruit le lit des frayères en les colmatant ;
- étouffent les œufs et les alevins enfouis dans le gravier.
   
Les espèces envahissantes menacent les poissons parce qu’elles
- augmentent la prédation sur certaines espèces
- diminue le taux de survie des espèces qui sont plus sensibles aux changements de leur environnement ;
- apportent de nouvelles maladies et de nouveaux parasites ;
- compétitionnent pour la nourriture, les frayères et l’espace.
   
Saviez-vous que ...
   
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Environ 20% des espèces introduites dans le bassin des Grands Lacs et du Saint-Laurent sont des poissons ? De bon exemple sont la carpe, la lamprey marine, deux espèces de gobie et la truite brune.
- Les lacs et les rivières du Québec abritent environ 100 espèces de poissons d'eau douce ?
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La navigation de plaisance peut avoir un impact négatif sur tous les stades de vie des poissons. Elle peut modifier les habitats en augmentant la turbidité et en détruisant les herbiers et les frayères ?